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un burn-out, un bébé, une activité en croissance : son bilan honnête après 5 ans à Abidjan
TémoignagesEntrepreneuriatÉpisode 59

un burn-out, un bébé, une activité en croissance : son bilan honnête après 5 ans à Abidjan

avec Agnès BERTRAND

27 septembre 20268 min de lecture
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Cinq ans à Abidjan. Un burn-out traversé en silence. Un bébé né en France, ramené ici trois mois plus tard. Une crèche Montessori qui affiche complet dès la première semaine de rentrée 2026. Et une femme qui dit, sans hésitation : "Je ne veux même pas partir."

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Agnès Bertrand est ivoirienne. Elle a quitté le pays au collège, vécu une vingtaine d'années en France , y a exercé dans la finance.Puis elle s’est lancé comme entrepreneure à Abidjan. Dans ce bilan des cinq ans, elle ne rassure pas — elle dit la vérité. Ce qu'on ne te montre pas sur l'installation quand on est repat : le coût psychologique des premières années, la solitude de l'entrepreneuriat sans filet, le choix déchirant de l'accouchement loin de chez soi.

Et, de l'autre côté de tout ça : la fierté.

Si tu te demandes ce que ça donne vraiment de s'installer à Abidjan en tant que repat — pas dans six mois, mais dans cinq ans — ce témoignage est fait pour toi.

Cinq ans après le retour : "Je commence seulement à trouver un équilibre"

Agnès le dit avec une franchise désarmante : au bout de cinq ans, elle ne se définit pas comme "complètement adaptée". Elle trouve ses marques. Il lui manque encore des choses. Mais quelque chose a changé récemment — un équilibre commence à s'installer.

C'est une donnée que les bilans classiques de repats ignorent presque toujours : l'adaptation n'est pas linéaire et elle prend du temps. Beaucoup plus de temps que ce qu'on imagine depuis l'Europe.

Pour Agnès, née en Cote d’ivoire, le choc n'était pas idéologique — c'était physique. La première semaine, en voiture dans son quartier d'enfance, elle ne reconnaissait plus rien. "Tout a changé", dit-elle. La ville a été tellement transformée que même ses repères d'enfance avaient disparu. La réacclimatation s'est faite avec le temps, par l'habitude.

Ce que beaucoup de repats vivent aussi : l'étiquette. Même après des années, on la reconnaît. Dans sa façon de parler, de s'habiller. On sait qu'elle n'a pas grandi ici. Cette double appartenance — française et ivoirienne — ne se résout pas. Elle se gère.

"Je suis à la fois française et ivoirienne. Mais quand j'ouvre la bouche, on me dit forcément qu'on sait que je n'ai pas grandi ici."

Burn-out et adaptation : ce qu'on ne dit pas sur les trois premières années

Les trois premières années d'Agnès à Abidjan ont été intenses à un niveau qu'elle n'avait pas anticipé. Elle a créé Lowei Montessori quasiment en arrivant — une première entreprise, dans un pays qu'elle redécouvrait, dans un secteur qu'elle ne connaissait pas (elle venait de la finance).

Le résultat ? Un burn-out qu'elle n'a pas tout de suite nommé. Elle le dit clairement : elle n'est pas médecin, elle n'a pas posé de diagnostic officiel. Mais elle sait ce qu'elle a ressenti. Quelque chose qui n'allait pas, au fond d'elle. Une surcharge invisible pour celles et ceux qui la côtoyaient, mais bien réelle.

Ce qui l'a mise à genoux, c'est la superposition de tout en même temps :

  • Les sollicitations constantes des parents d'élèves, par messages, à toute heure
  • La gestion d'une équipe avec ses départs, ses grossesses, ses dynamiques — dans un pays où les codes du management ne sont pas les mêmes qu'en France
  • La construction de l'institution depuis zéro, sans assistante, sans structure, sans budget pour déléguer
  • La gestion de sa propre vie dans un environnement qu'elle réapprenait

"J'étais partout, je faisais tout. Et en rentrant à la maison, il y avait encore d'autres choses à faire." Elle a besoin d'espace, de solitude parfois — et ce mode de vie lui laissait zéro marge.

Si tu te prépares à créer ton activité dès ton arrivée à Abidjan, cet article sur les 5 peurs qui bloquent les entrepreneurs à Abidjan (et comment les traverser vraiment) est une lecture utile avant de te lancer.

Ce qui lui a évité de tout arrêter ? La conscience de ce qu'elle avait construit. Elle voyait que ça fonctionnait. Les parents étaient satisfaits. L'équipe tenait. Et elle ne se projetait pas ailleurs. "Je n'ai même pas envie de partir", dit-elle simplement.

Accoucher ici ou ailleurs

Tombée enceinte au milieu de cette période difficile, Agnès a pris une décision que beaucoup de repats se posent : où accoucher ?

Pour elle, la réponse a été naturelle : la France. Pas par défiance envers le système médical ivoirien — elle précise qu'elle a été suivie par un très bon médecin à Abidjan tout au long de sa grossesse, et qu'elle lui fait encore confiance aujourd'hui. Mais son support system était en France : deux tantes infirmières.

"Si ma mère avait été là, je serais restée", dit-elle. Ce n'est pas une question de qualité médicale — c'est une question de sécurité émotionnelle. Accoucher, c'est une période où l'on est entre deux états, entre la vie et la mort dans le sens le plus littéral. On va là où on se sent le mieux entourée pour traverser ça.

Elle est restée trois mois en France après la naissance, puis est rentrée à Abidjan avec son bébé. La transition a été plus fluide qu'elle ne l'imaginait — en grande partie parce qu'elle ramenait son fils dans sa propre crèche. Elle pouvait travailler en gardant un œil sur lui.

Si la question de l'accouchement à Abidjan te travaille, j'ai raconté en détail mon propre parcours dans pourquoi j'ai refusé de rentrer en France pour accoucher — et comment ça s'est passé.

De salariée en finance à fondatrice d’une crèche-maternelle Montessori : comment la crèche a sauvé son installation

Lowei Montessori a ouvert en 2022. En 2026, c'est la cinquième rentrée scolaire — et la maternelle affiche complet dès la première semaine : 25 places occupées.

Ce n'était pas acquis. Agnès venait de la finance. Elle n'avait jamais géré d'entreprise, jamais travaillé dans la petite enfance. Elle a dû apprendre la pédagogie Montessori, le management d'une équipe pédagogique, la relation aux familles, la gestion administrative d'un établissement — en même temps qu'elle redécouvrait la Côte d'Ivoire.

Ce qui a tenu ? Une équipe solide, avec une bras droit (Prisca) sur laquelle elle peut compter. Et la conscience d'avoir créé quelque chose qui a du potentiel — ce qui rend le départ impensable, même dans les moments les plus difficiles.

Si tu envisages de créer ta structure dès ton arrivée, les démarches concrètes pour créer ta société en Côte d'Ivoire dès les premières semaines sont un bon point de départ pour ne pas improviser.

Créer une entreprise à Abidjan en tant que repat — sans réseau local consolidé, sans connaissance du terrain, sans équipe prête — c'est un plan avec des dépendances multiples qui peuvent tout faire basculer. Si tu es à cette étape et que tu veux éviter les angles morts qu'Agnès a traversés seule, tu peux structurer ton projet avec quelqu'un qui est passé par là avant de te lancer.

Ce que cinq ans à Abidjan apprennent vraiment sur l'installation

Le parcours d'Agnès dit des choses que les articles pratiques sur l’installation à Abidjan ne disent jamais. Pas parce qu'elles sont secrètes — parce qu'elles sont inconfortables.

Première réalité : les trois premières années sont les plus dures, et elles peuvent être très dures. Pas seulement logistiquement — psychologiquement. L'écart entre ce qu'on imaginait et ce qu'on trouve est réel.

Deuxième réalité : on ne peut pas tout faire seul.e. Que ce soit déléguer l'administration à quelqu'un qui connaît les codes, s'appuyer sur une équipe pédagogique de confiance, ou choisir d'accoucher là où son support system se trouve — les repats qui tiennent sont celles et ceux qui ont su identifier rapidement sur qui s'appuyer.

Troisième réalité : la barrière à l'entrée diminue avec le temps. Ce qui semblait insurmontable à l'arrivée devient progressivement gérable. Les repères reviennent. Les codes locaux s'apprennent. Et à un moment, la question du départ ne se pose plus — pas parce que tout est parfait, mais parce qu'on est ancré.e dans ce qu'on a construit.

Agnès le formule simplement : elle est consciente du meilleur encore à venir. En 2026, après cinq ans, c'est peut-être ça, la vraie définition de l'adaptation.

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