Son histoire, c'est celle de quelqu'un qui a pris le temps de bien faire les choses : des années d'expérience professionnelle avant de partir, une grossesse gérée en France pour être sereine, une installation progressive. Et une reconversion qui n'était pas planifiée, mais qui s'est imposée.
Voilà ce que son parcours peut t'apprendre si tu envisages de t'installer à Abidjan en tant qu'entrepreneur.
Pourquoi Abidjan plutôt qu'ailleurs : le choix pragmatique d'un couple
Un projet de vie construit à deux, pas du jour au lendemain
Fatim et son mari avaient tous les deux grandi en Afrique — elle au Burkina Faso, lui au Mali. Ils savaient qu'ils ne voulaient pas élever leurs enfants en France. La décision s'est construite sur plusieurs années, pas sur un coup de tête.
Le déclencheur concret ? Le mari est entrepreneur, et son entreprise a installé son siège à Abidjan dès 2017. Il s'y est installé en premier. Fatim, elle, a pris le temps de finir ce qu'elle avait commencé côté professionnel — des années de conseillère patrimoniale chez BNP Paribas, puis chargée d'affaires sur les professions libérales. Elle l'a dit clairement à son conjoint : "Laisse-moi le temps d'achever ce que j'ai achevé, et après je te suivrai."
Ils ont vécu une relation à distance pendant plusieurs années. Lui faisait des allers-retours Paris-Abidjan, restait deux ou trois mois à Paris, repartait. Ce n'était pas évident — mais ça a tenu parce qu'ils avaient un projet de vie commun et des objectifs clairs.
Pourquoi la Côte d'Ivoire plutôt que le Sénégal ou le Mali ?
Ils ont hésité. Le Sénégal était sur la table. Mais plusieurs facteurs ont tranché en faveur d'Abidjan :
- Le climat : plus vert, plus boisé qu'à Dakar selon eux
- L'alimentation : plus variée
- Les infrastructures et le niveau de logement disponible
- Les opportunités professionnelles : ils ont estimé que c'était le pays avec le plus de potentiel
- Et la raison principale : l'entreprise du mari y avait déjà ses bases
Le Mali, leur pays d'origine à tous les deux, n'était pas vraiment une option. Ni l'un ni l'autre n'y avait vraiment vécu, et ils ne s'y sentaient pas à l'aise pour s'y installer.
L'installation concrète : ce que personne ne te dit avant d'arriver
Arriver avec un bébé de trois mois : une installation sportive
Fatim a accouché en février 2022 à Paris — elle a délibérément choisi d'accoucher en France, avec ses médecins qu'elle connaissait déjà. Quand son fils a eu trois mois, ils ont déménagé à Abidjan. Ils avaient signé le bail de leur appartement à Riviera 3 (quartier Triangle, près du lycée français et du lycée américain) un an avant — et l'avaient laissé vide en attendant.
À son arrivée, c'est elle qui a géré quasi seule toute l'installation : trouver les prestataires, changer les compteurs, s'occuper des factures. Son mari, entrepreneur, n'avait pas beaucoup de temps disponible. Et en plus de ça, elle était en congé maternité — donc pas de réseau professionnel pour socialiser.
"Il faut quand même beaucoup de résilience. Au début, je pétais les plombs parce que les gens ne respectent pas les délais. Avec le temps, on commence à comprendre comment les gens fonctionnent. Il ne faut surtout pas être pressé, il faut savoir parler avec diplomatie."
La solitude des premiers mois a été réelle. Heureusement, deux amies parisiennes se sont installées à Abidjan à peu près au même moment — quelques mois d'écart — et ça a changé la donne.
Trouver une nounou : les critères qui font la différence
La nounou, c'est l'un des sujets les plus concrets que Fatim aborde. Et les chiffres qu'elle donne méritent d'être entendus.
Le SMIC en Côte d'Ivoire tourne autour de 40 000 à 60 000 FCFA. Beaucoup de familles paient leurs nounous à ce niveau-là, certaines même moins. Fatim et son mari ont fait le choix inverse : ils paient leur nounou 110 000 FCFA par mois, soit quasiment le double de la norme. Leur raisonnement :
- Une personne sous-payée peut, par frustration, devenir négligente ou violente
- Un meilleur salaire permet de trouver un meilleur profil
- Ils ont choisi une femme qui était déjà mère — elle comprend la responsabilité de s'occuper d'un enfant
- Ils n'ont pas négocié sur le salaire demandé, du moment que ça rentrait dans leur budget
Un point souvent oublié : vérifier que la nounou sait lire et écrire. À Abidjan, plus de 60% de la population est analphabète. Quand un enfant entre à l'école et commence à apprendre l'alphabet, ça change les critères. Une nounou qui ne sait pas lire ne peut pas renforcer les apprentissages, ni lire les instructions sur un médicament.
Pour aller plus loin sur la gestion du personnel à domicile, les conseils complets sur les employés de maison à Abidjan couvrent aussi les gardiens et chauffeurs avec des chiffres concrets.
Budget mensuel : les vrais chiffres
La famille de Fatim vit avec un budget moyen de 1,5 million de FCFA par mois, soit environ 2 500 euros. Ça peut varier selon les mois.
Le logement est l'un des postes les plus lourds — mais ils ont eu une bonne affaire. Leur appartement à Riviera 3 Triangle est à 500 000 FCFA par mois, alors que des biens similaires dans le même immeuble voisin s'affichent à 800 000 FCFA. Leur propriétaire a une politique volontaire de loyers modérés pour garder des locataires stables sur le long terme.
Elle insiste sur une vraie difficulté : suivre son budget à Abidjan est beaucoup plus difficile qu'en Europe. Tout se passe en cash, les dépenses sont réparties sur plusieurs comptes et mobile money, impossible d'avoir une vision consolidée en deux clics. En France, elle n'avait presque jamais de cash sur elle — tout passait par carte, le relevé de compte faisait office de suivi automatique. Ici, tu retires du cash, et à la fin de la semaine, tu ne sais plus où il est passé.
Si tu veux anticiper précisément ce que tu vas dépenser, cet article sur la maîtrise de l'argent à Abidjan est un passage obligé avant d'arriver.
📘 Le guide complet "S'installer à Abidjan"
L'école, la santé, le quotidien avec un enfant en bas âge
Pédiatre, urgences et système de santé
La principale crainte à l'arrivée était la santé. Pas de médecin attitré, pas de pédiatre, pas de repères. Ce qui a aidé : le réseau d'expatriés et de repats à Abidjan est dense, et il suffit de poser la question pour avoir des recommandations rapidement.
Leur pédiatre est le même depuis leur arrivée. Il répond sur WhatsApp, conseille parfois de ne pas se déplacer si les symptômes ne le justifient pas. Pour les urgences, ils vont à Farhan, à Marcory — ouvert 24h/24, 7j/7.
La première année, leur fils est beaucoup tombé malade — chose normale quand un enfant fait son système immunitaire dans un nouvel environnement. Après, ça s'est stabilisé.
La crèche : critères de choix et Montessori
Ils ont visité trois ou quatre crèches dans leur quartier — la proximité était un critère non négociable. Ils ont choisi une structure à taille humaine, récemment ouverte, avec des repas cuisinés sur place, une directrice avec de vraies connaissances pédagogiques.
À la rentrée suivante, la même structure a ouvert une classe de maternelle en système Montessori. Ils ont hésité — l'envie de se tourner vers une école française ou une structure plus connue était là. Finalement, ils y sont restés. À deux ans et demi — avant l'âge légal d'entrée en maternelle dans le système français — leur fils a été accepté. Résultat : à trois ans, il connaît quasiment tout l'alphabet et sait compter jusqu'à 15.
Pour comprendre l'ensemble des systèmes scolaires disponibles à Abidjan, le guide sur l'éducation en Côte d'Ivoire fait le tour des options avec leurs avantages respectifs.
S'installer à Abidjan en tant qu'entrepreneur : la naissance de Daamintis
D'une carrière en finance à une reconversion par un don longtemps ignoré
Fatim a un master en ingénierie patrimoniale, des années chez BNP Paribas en gestion de clientèle privée et de professions libérales. Elle ne s'était jamais définie comme artisan ou créatrice.
Pourtant, elle confectionnait des gâteaux. Sans en faire une activité, sans vraiment le valoriser. C'est en goûtant l'un de ses gâteaux lors d'un anniversaire qu'Elodie a découvert ce don — et l'a encouragée à aller plus loin. Le cake design, ce n'est pas de la pâtisserie classique. C'est une discipline à part entière : les gâteaux doivent tenir une heure à l'air libre sans s'effondrer, être travaillés comme des sculptures, résister à la chaleur et à l'humidité ivoiriennes.
Avant de quitter Paris, Fatim a suivi une formation professionnelle en cake design. Elle avait aussi une micro-activité parallèle en France — la fabrication de bijoux — qui lui avait permis de dégager 1 000 euros de bénéfices mis de côté. C'est ce capital de départ qu'elle a mobilisé pour lancer Daamintis.
Adapter ses recettes au climat d'Abidjan : le défi technique
La chaleur et l'humidité d'Abidjan ont obligé Fatim à reformuler toutes ses recettes. Ce qu'elle avait appris en France ne fonctionnait plus tel quel : la pâte à sucre fond, les ganaches se liquéfient, les structures s'effondrent.
Elle travaille dans une pièce dédiée avec climatisation pour tout ce qui demande de la précision : ganaches, pâte à sucre, assemblage. Pour les livraisons, la climatisation du véhicule suffit pour les trajets intra-Abidjan. Elle développe actuellement une logistique de boîtes réfrigérées pour les mariages en dehors de la ville — notamment vers Bassam, à 2h30 de route.
Elle a testé ses gâteaux auprès d'inconnus avant de commercialiser — pas seulement auprès de proches — pour s'assurer que le produit plaisait à la population locale et pas seulement à sa famille.
Les chiffres de Daamintis, lancée en février 2024
Fatim a officiellement lancé son activité en février 2024, après un mariage qui avait retardé le démarrage. Moins d'un an plus tard, décembre 2024 a été une période de forte demande — au point qu'elle a dû travailler seule pendant toutes les fêtes, mobiliser du matériel en urgence, et réaliser qu'elle aurait eu besoin d'aide.
Son chiffre d'affaires actuel : entre 500 000 et 1 000 000 de FCFA par mois, avec des mois calmes et des mois qui explosent. Elle le dit sans ambiguïté : pour l'instant, c'est encore moyen par rapport au coût de la vie à Abidjan. Mais la trajectoire est là, et elle se prépare à recruter pour structurer l'activité.
Son avantage inattendu : son passé en finance. Elle sait provisionner, gérer l'argent, anticiper les besoins de trésorerie. Ce qu'elle apprend au quotidien : la comptabilité de gestion, la gestion des stocks, la communication sur les réseaux sociaux.
Ce que son parcours dit concrètement sur l'entrepreneuriat à Abidjan
Anticiper la baisse de revenus, surtout en couple
Fatim est claire là-dessus : elle gagne moins bien sa vie aujourd'hui qu'en France. Elle le savait avant de partir. Elle avait un matelas financier suffisant pour tenir un ou deux ans sans revenus, et un conjoint entrepreneur qui pouvait assumer le foyer pendant la transition.
Si tu pars en couple, ton partenaire doit être aligné sur cette réalité. Pas juste tolérant — vraiment aligné. Parce qu'au lancement d'une activité, les revenus ne montent pas tout de suite, et souvent il faut d'abord mobiliser des fonds. Si l'autre n'est pas prêt à assumer seul pendant un temps, ça crée des tensions.
Abidjan : une ville dynamique, mais pas un eldorado sans efforts
Fatim insiste sur deux choses en même temps : oui, il y a énormément d'opportunités à Abidjan. Non, ça ne se fait pas en arrivant avec une attitude de "je viens sauver les gens" ou de "j'arrive d'Europe donc je sais".
Les Ivoiriens sont ouverts, cosmopolites, et ne font pas de différence sur ton origine — Fatim est franco-malienne, sans aucune origine ivoirienne, et elle s'intègre parfaitement. Mais ce qu'ils valorisent, c'est la valeur ajoutée réelle, le travail bien fait, et l'humilité.
Elle donne aussi un conseil de fond sur l'adaptation culturelle : quand tu es parti en France, tu as mis un à deux ans à comprendre les codes. Il n'y a aucune raison que dans l'autre sens ce soit différent. Il faut du temps. Il faut s'imprégner de la culture locale, rencontrer des Ivoiriens — pas seulement rester dans la bulle repat/expat.
Et il faut être honnête avec soi-même sur les réalités du terrain : les coupures d'eau, d'électricité, d'internet — plus rares à Abidjan qu'ailleurs, mais présentes. Le choc de voir des inégalités profondes après des années en Occident. Les prix qui peuvent monter très vite si tu vis comme en vacances. Si tu veux un cadrage complet avant d'arriver, les 3 étapes pour éviter les installations ratées en Côte d'Ivoire sont un bon point de départ.
Ce que Fatim retient de ses trois ans à Abidjan :
- Une vie de famille plus épanouie que le métro-boulot-dodo parisien
- Une relation de couple et une relation mère-fils qu'elle a le temps de vivre vraiment
- Un projet entrepreneurial qui lui ressemble, après des années dans un secteur où elle performait mais ne s'exprimait pas
- Une ville qui offre encore des opportunités réelles à ceux qui ont le souci du travail bien fait
Daamintis, c'est la preuve que s'installer à Abidjan en tant qu'entrepreneur est possible, même en repartant de zéro dans un domaine nouveau, même avec un bébé dans les bras, même sans origine ivoirienne. Mais ça demande de l'anticipation, un matelas financier, un partenaire aligné — et beaucoup de résilience dans les premiers mois.
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